Sonia Terk : d’Odessa a Paris

Sonia Sarah Stern Terk (ou Terck) est nee le 14 novembre 1885 a Gradizhsk, dans la region d’Odessa, en Ukraine, alors partie de l’Empire russe. Issue d’une famille modeste, elle est adoptee a l’age de cinq ans par son oncle maternel Henri Terk, un avocat aise de Saint-Petersbourg. C’est dans la capitale imperiale qu’elle grandit dans un milieu cultive, frequentant les musées et decouvertes artistiques qui marqueront durablement sa sensibilite.

après des études de dessin a Karlsruhe en Allemagne (1903-1905), Sonia Terk s’installe a Paris en 1906, ou elle etudie a l’Academie de la Palette a Montpellier. Elle decouvre les oeuvres de Van Gogh, Gauguin et des Fauves qui animent Montmartre, et s’immerge dans l’effervescence de l’avant-garde parisienne.

En 1909, Robert Delaunay rencontre Sonia Terk, une jeune artiste d’origine slave, qu’il epouse en 1910. Leur fils Charles nait en 1911. Ce mariage marqué le debut d’une collaboration artistique exceptionnelle qui durera près de trois décennies, jusqu’a la mort de Robert en 1941.

L’orphisme et les contrastes simultanes

Toutes les facettes de la creation de Sonia Delaunay — fauvisme et abstraction, peinture de chevalet ou art décoratif — traduisent sa fidélité a la couleur pure, exaltee par la loi des “contrastes simultanes”. Ce principe, inspiré des theories du chimiste Michel-Eugene Chevreul, pose que les couleurs complementaires juxtaposees se renforcent mutuellement, creant une vibration visuelle dynamique.

Sonia Delaunay nee Terk (Odessa, 1885 - Paris, 1979) est d’origine ukrainienne ; elle applique les techniques qui caracterisent le courant orphiste a sa peinture (le Bal Bullier, 1913), mais aussi a la décoration et a la confection. Le terme “orphisme” est forge par le poète Guillaume Apollinaire vers 1912 pour decrire cette tendance du cubisme lyrique et colore.

Les couleurs eclatantes et la facture brutale du portrait de Philomene (1907) illustrent ses premières recherches, a la croisee du fauvisme et du primitivisme. On y retrouve l’influence de l’art populaire slave — les broderies ukrainiennes aux motifs geometriques et aux teintes vives — qui nourrit son vocabulaire plastique. Les annees 1910 marquent le passage au cubisme “orphique”, célèbre par Apollinaire, et annoncent les formés circulaires de Robert, d’inspiration cosmique, combinant couleur et vitesse.

Cette quete d’abstraction par la couleur rapproche les Delaunay d’autres artistes issus de l’Empire russe, tels Kasimir Malevitch et Vassily Kandinsky, qui explorent au même moment les voies de l’art non figuratif. L’apport de Sonia Delaunay depasse la peinture : elle applique les contrastes simultanes a la mode, au design textile, a la reliure et au décor interieur, anticipant les arts appliques modernes.

La donation exceptionnelle au Centre Pompidou

Grace a l’importante donation de 49 oeuvres de Robert Delaunay et 58 oeuvres d’elle-même, consentie en 1963 par Sonia Delaunay et son fils Charles au musée national d’art moderne, celui-ci possede une collection sans equivalent recouvrant l’ensemble de la production des deux artistes.

Leur oeuvre commune est placee sous le signe de la couleur. La Tour Eiffel, embleme de la modernite, s’impose comme le sujet de leurs “paysages de Paris”. Robert Delaunay en tire des compositions eclatantes qui célèbrent la verticalite et le mouvement urbain, tandis que Sonia les transpose sur des textiles et des objets du quotidien.

Dans les annees trente, le motif abstrait du disque demultiplie sur la toile — “formé mobile totale non descriptive ni analytique” — devient le module unique qui ordonne des series de Rythmes qui imposent leur tempo dynamique a l’oeuvre ultime de Sonia Delaunay. Ces toiles monumentales, aux cercles concentriques vibrant de couleurs pures, constituent l’aboutissement de cinquante ans de recherche sur les contrastes simultanes.

Cette donation a fait du Centre Pompidou le lieu de reference mondial pour l’étude de l’orphisme. Elle permet de suivre l’evolution complete de deux artistes qui, par leur collaboration unique, ont profondement renouvele l’art du XXe siècle. L’exposition a l’Atelier Brancusi, présentée d’octobre 2005 a fevrier 2006, a mis en lumiere la richesse de cet ensemble, de l’heritage artistique russe et ukrainien a l’avant-garde parisienne.

Informations pratiques

Exposition “La Donation Sonia et Charles Delaunay a l’Atelier Brancusi”

  • Dates : 13 octobre 2005 - 13 fevrier 2006

  • Lieu : musée Georges Pompidou, Atelier Brancusi

  • Adresse : Place Georges Pompidou, Paris 75004

  • Metro : Chatelet - Les Halles, Rambuteau

  • Nombre d’oeuvres : 107 (49 de Robert Delaunay + 58 de Sonia Delaunay)

Questions frequentes

Qui est Sonia Delaunay ?

Sonia Delaunay, nee Sonia Sarah Stern Terk le 14 novembre 1885 a Gradizhsk (region d’Odessa) en Ukraine, est une artiste majeure du XXe siècle. Adoptee par son oncle a Saint-Petersbourg, elle etudie l’art en Allemagne puis s’installe a Paris en 1906. Elle epouse Robert Delaunay en 1910 et cofonde avec lui le mouvement orphiste. Elle est célèbre pour ses recherches sur les contrastes simultanes de couleurs, appliquees a la peinture, la décoration et la mode. première femme a beneficier d’une retrospective au Louvre de son vivant (1964), elle est decedee a Paris en 1979.

Qu’est-ce que l’orphisme ?

L’orphisme est un courant artistique ne vers 1912, nommé par le poète Guillaume Apollinaire en reference a Orphee, figure mythologique associee a la musique et a la poesie. Il se caracterise par l’utilisation de formés circulaires et de couleurs pures fondées sur la loi des contrastes simultanes. Robert et Sonia Delaunay en sont les principaux representants, avec des oeuvres célèbres comme les formés circulaires, le Bal Bullier et les series de Rythmes. L’orphisme constitue une branche lyrique et coloree du cubisme, privilegiant la sensation visuelle sur la deconstruction geometrique.

Quel est le lien entre Sonia Delaunay et la Russie ?

Sonia Delaunay est nee en Ukraine, alors partie de l’Empire russe, dans la region d’Odessa. Adoptee par son oncle Henri Terk a Saint-Petersbourg, elle y a grandi dans un milieu cultive avant de partir etudier l’art en Allemagne puis a Paris. Son oeuvre porte l’empreinte des couleurs vives de l’art populaire slave — broderies ukrainiennes, icones — et de l’avant-garde russe. Elle partage avec Kandinsky, Malevitch et Poliakoff cette double appartenance a la culture slave et a l’école de Paris, qui a profondement enrichi l’art du XXe siècle.

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