Temps de lecture : 7 min

Don, mecenes et adorateurs d’Alexandre Ostrovski, l’une des dernieres pieces du grand dramaturge russe, a ete mise en scene par Bernard Sobel au Theatre de Gennevilliers en 2006, dans une traduction d’Andre Markowicz. Cette oeuvre magistrale explore le monde du theatre de province dans la Russie de la fin du XIXe siecle et pose la question universelle du rapport entre art, liberte et mecenat.

Alexandre Ostrovski, le plus grand dramaturge russe meconnu en France

Alexandre Ostrovski (1823-1886) occupe une place singuliere dans l’histoire du theatre : immensement populaire en Russie, ou il est considere comme le pere du theatre national moderne, il reste paradoxalement meconnu en France. Auteur de quarante-sept pieces de theatre, Ostrovski a consacre sa vie a la creation d’un repertoire dramatique russe accessible a tous les publics.

Comme Innocents coupables, Don, mecenes et adorateurs (1882) est l’une de ses dernieres oeuvres. Ecrite trois ans avant sa mort, alors qu’il avait deja compose quarante-quatre pieces, elle represente une sorte de testament artistique dans lequel Ostrovski livre sa vision la plus aboutie du rapport entre l’art et la societe.

Pour approfondir la decouverte de ce dramaturge majeur, consultez egalement notre article sur Alexandre Ostrovski et Le Coeur n’est pas une pierre.

L’intrigue : Neguina, une actrice entre vocation et devoir

L’action de Don, mecenes et adorateurs se situe dans le monde du theatre de province russe. L’heroïne, Neguina, est une actrice « nee », elevee sur les planches et dans les coulisses, fille d’un pauvre musicien d’orchestre. Autodidacte et talentueuse, elle incarne une generation nouvelle d’artistes, habitee d’exigences inedites quant au repertoire et au style de jeu.

Autour d’elle gravitent des personnages hauts en couleur : la jeune premiere de la troupe, bonne camarade mais sans les exigences intellectuelles de Neguina ; le tragedien, forcement alcoolique et desargentre (sans « protecteur », ils le sont tous) ; le directeur du theatre, vrai professionnel mais soumis aux puissants ; et le vieil assistant-accessoiriste, ancien proprietaire du theatre, que sa passion a ruine mais qui veille sur la flamme de l’art.

C’est en Melouzov, l’etudiant idealiste, que Neguina trouve celui qui lui apporte l’education dont ses exigences artistiques lui font ressentir l’imperieux besoin. Mais arrive le moment ou l’artiste « nee » doit choisir : sacrifier sa vocation a un devoir d’education aupres de Melouzov, ou se consacrer totalement a son art.

Un microcosme de la province russe en mutation

Ce petit monde theatral est un parfait microcosme de la province russe, vingt ans apres l’abolition du servage, a la charniere entre monde ancien et modernite. Ostrovski y met en scene l’emergence de nouvelles forces economiques et intellectuelles qui supplantent peu a peu les anciennes, fondees sur les privileges de la naissance.

La piece fait apparaitre la figure du capitaliste moderne, non plus seulement proprietaire foncier mais industriel. Et mecene. Non pas a la maniere des riches de « type ancien », en entretenant des actrices en echange de leurs faveurs, mais en offrant a un artiste les moyens necessaires a l’eclosion et au rayonnement de son talent.

Face a cette modernite, l’autocratie persiste, incarnee par le haut fonctionnaire au service de l’ordre social, et par l’aristocrate de « type ancien », intelligent et cultive a sa façon mais extremement vindicatif, pour qui le theatre demeure le divertissement d’oisifs fortunes, une « chasse gardee » de la noblesse.

Un manifeste esthetique et politique d’Ostrovski

Le dilemme de Neguina fait de Don, mecenes et adorateurs bien plus qu’une description merveilleusement vivante de la province russe a la fin du XIXe siecle. C’est un veritable manifeste esthetique et politique que signe Ostrovski, alors qu’il touche presque a son but ultime : creer un theatre accessible a tous.

Non, nous dit Ostrovski, Neguina ne « trahit » pas en suivant sa vocation la grande cause que lui proposait Melouzov. Lui, en enseignant, accomplira sa vocation de militant contre l’ignorance et pour l’emancipation de son peuple. Elle, fidele a la sienne, par son talent, ouvrira avec les grandes oeuvres le monde de la beaute et de la sensibilite a un public renouvele et elargi. Sans hierarchie mais sans confusion entre les deux taches. Tous les deux au service de leur peuple, oeuvrant avec leurs moyens propres et par des voies differentes.

La mise en scene de Bernard Sobel au Theatre de Gennevilliers

La piece a ete presentee au Theatre de Gennevilliers, Centre Dramatique National, du 7 janvier au 4 fevrier 2006, en salle Maria Casares. La mise en scene etait signee Bernard Sobel, en collaboration avec Michele Raoul-Davis. L’assistante a la mise en scene etait Mirabelle Rousseau.

La traduction est l’oeuvre d’Andre Markowicz, eminent traducteur de la litterature russe en français, garant de la fidelite au texte original tout en assurant une langue vivante et theatrale.

Distribution

  • Eric Caruso

  • Eric Castex

  • François Clavier

  • Thomas Durand

  • Mathias Jung

  • Elisabeth Mazev

  • Vincent Minne

  • Chloe Rejon

Informations pratiques

Theatre de Gennevilliers, 41 avenue des Gresillons, 92230 Gennevilliers. Horaires : mardi a 19h30, mercredi au samedi a 20h30, dimanche a 16h. Location au 01.41.32.26.26.

Production du Theatre de Gennevilliers, avec la participation artistique du Jeune Theatre National et le soutien du Conseil General des Hauts-de-Seine.

Questions frequentes

Qui est Alexandre Ostrovski, auteur de Don, mecenes et adorateurs ?

Alexandre Ostrovski (1823-1886) est l’un des plus grands dramaturges russes, bien que meconnu en France. Auteur de 47 pieces de theatre, il a joui d’une immense popularite en Russie. Ses oeuvres peignent avec une vivacite remarquable la societe russe du XIXe siecle, notamment le monde des marchands, des fonctionnaires et des artistes. Don, mecenes et adorateurs est l’une de ses dernieres pieces, ecrite en 1882.

De quoi parle la piece Don, mecenes et adorateurs ?

Don, mecenes et adorateurs met en scene Neguina, une jeune actrice de province talentueuse, confrontee a un dilemme : sacrifier sa vocation artistique pour suivre Melouzov, l’etudiant idealiste qui reve d’un avenir d’educateurs, ou se consacrer totalement a son art grace au mecenat d’un capitaliste moderne. La piece depeint un microcosme de la province russe a la fin du XIXe siecle, entre ancien monde et modernite.

Qui a mis en scene Don, mecenes et adorateurs au Theatre de Gennevilliers ?

La piece a ete mise en scene par Bernard Sobel, directeur du Theatre de Gennevilliers (Centre Dramatique National), en collaboration avec Michele Raoul-Davis. La traduction est signee Andre Markowicz, eminent traducteur de la litterature russe. Le spectacle s’est joue du 7 janvier au 4 fevrier 2006 en salle Maria Casares.

Pourquoi Ostrovski est-il important pour le theatre russe ?

Ostrovski est considere comme le pere du theatre realiste russe. Avec 47 pieces, il a cree un repertoire national qui a forme la base du theatre russe moderne. Son ambition etait de creer un theatre accessible a tous. Don, mecenes et adorateurs, ecrite trois ans avant sa mort, constitue un veritable manifeste esthetique et politique sur la relation entre l’art, le mecenat et la liberte artistique.

Publie le 7 janvier 2006. Derniere mise a jour : mars 2026.

A lire aussi :