L’héritage centenaire des Ballets Russes

Les Ballets Russes de Diaghilev ont cent ans et demeurent une des aventures les plus audacieuses du XXe siècle. Au début du siècle dernier, Serge Diaghilev bousculait les conventions et ouvrait grand la porte à la modernité, initiant une collaboration sans précédent entre peintres, musiciens et chorégraphes d’avant-garde.

Voici réunie l’élite artistique de l’époque en une affiche vertigineuse : Debussy, Stravinsky, Falla, Picasso, Bakst, Massine, Nijinski, Fokine. Jamais auparavant une compagnie de danse n’avait réuni autant de génies créatifs sous une même bannière artistique.

Cent ans après la première saison des Ballets Russes, ces célèbres ouvrages, présentés dans leur insurpassable chorégraphie d’origine, témoignent de ce que fut et demeure cette audacieuse aventure artistique. L’hommage réunit des oeuvres de périodes différentes et révèle une diversité d’inspiration insoupçonnée.

Les quatre oeuvres présentées

Quatre oeuvres essentielles, réunissant l’élite artistique de leur temps, sont présentées dans leur chorégraphie d’origine au Palais Garnier :

  • Le Spectre de la rose (1911) — Chorégraphie de Michel Fokine sur la musique de Weber, orchestrée par Berlioz. Un pas de deux romantique épanoui, créé pour Nijinski et Karsavina, qui incarne le rêve d’une jeune fille après un bal.

  • L’Après-midi d’un faune (1912) — Chorégraphie de Vaslav Nijinski sur le Prélude de Claude Debussy, avec des décors et costumes de Léon Bakst. Un érotisme fauve qui fit scandale à sa création pour sa modernité radicale.

  • Petrouchka (1911) — Chorégraphie de Michel Fokine sur la musique d’Igor Stravinsky. Une fête tragique où trois marionnettes prennent vie lors de la foire du Mardi Gras à Saint-Pétersbourg, chef-d’oeuvre du ballet narratif.

  • Le Tricorne (1919) — Chorégraphie de Léonide Massine sur la musique de Manuel de Falla, avec des décors et costumes de Pablo Picasso. Une évocation espagnole flamboyante inspirée du roman de Pedro Antonio de Alarcón.

Du romantisme épanoui du Spectre de la rose à l’érotisme fauve de L’Après-midi d’un faune, de la fête tragique de Petrouchka à l’évocation espagnole du Tricorne, cet hommage révèle toute la diversité créative des Ballets Russes.

Diaghilev et ses collaborateurs

Serge Diaghilev (1872-1929) n’était ni danseur ni chorégraphe, mais un impresario visionnaire dont le génie résidait dans sa capacité à réunir les plus grands artistes de son temps. Sa compagnie, fondée en 1909, a fonctionné comme un laboratoire artistique où les frontières entre les disciplines s’effaçaient.

Les chorégraphes qui ont marqué l’histoire des Ballets Russes sont :

  • Michel Fokine — Réformateur du ballet classique, créateur de Petrouchka, Le Spectre de la rose et L’Oiseau de feu

  • Vaslav Nijinski — Danseur légendaire devenu chorégraphe avec L’Après-midi d’un faune et Le Sacre du printemps

  • Léonide Massine — Successeur de Nijinski, créateur du Tricorne et de Parade

  • Bronislava Nijinska — Soeur de Nijinski, pionnière de la chorégraphie moderne avec Les Noces

  • George Balanchine — Dernier chorégraphe de Diaghilev, futur fondateur du New York City Ballet

Du côté des compositeurs, Igor Stravinsky a écrit pour les Ballets Russes ses oeuvres les plus révolutionnaires : L’Oiseau de feu, Petrouchka et Le Sacre du printemps. Claude Debussy a composé Jeux, tandis que Manuel de Falla, Sergueï Prokofiev et Erik Satie ont également contribué au répertoire.

Les arts visuels jouaient un rôle fondamental. Léon Bakst a créé des décors et costumes somptueux qui ont influencé la mode et les arts décoratifs dans toute l’Europe. Pablo Picasso a conçu le rideau de scène, les décors et les costumes du Tricorne et de Parade. D’autres artistes majeurs comme Henri Matisse, Coco Chanel et Giorgio de Chirico ont collaboré avec la compagnie.

Le Palais Garnier accueille les Ballets Russes

Le Palais Garnier, siège historique de l’Opéra de Paris, est le lieu idéal pour célébrer le centenaire des Ballets Russes. C’est dans cette salle prestigieuse que Diaghilev a présenté plusieurs de ses créations parisiennes, faisant de la capitale française le berceau de la danse moderne.

La première de ce programme centenaire a eu lieu le 12 décembre 2009 à 19h30. Le Ballet de l’Opéra de Paris, héritier direct de cette tradition, a interprété les quatre oeuvres dans leur chorégraphie d’origine, fidèlement reconstituée grâce aux notations chorégraphiques et aux témoignages des danseurs historiques.

L’Opéra de Paris entretient depuis plus d’un siècle un lien privilégié avec le répertoire des Ballets Russes. Des oeuvres comme Casse-Noisette et La Bayadère témoignent de la richesse du ballet russe classique, dont les Ballets Russes de Diaghilev représentent le prolongement révolutionnaire.

Aujourd’hui encore, l’héritage de Diaghilev irrigue la création contemporaine. Les compagnies de danse du monde entier continuent de puiser dans ce répertoire, tandis que les principes de collaboration interdisciplinaire instaurés par Diaghilev restent au coeur de la création artistique moderne.

Questions fréquentes

Qui a fondé les Ballets Russes ?

Les Ballets Russes ont été fondés par Serge Diaghilev en 1909. Impresario visionnaire né en 1872, Diaghilev n’était ni danseur ni chorégraphe, mais il possédait un génie unique pour réunir les plus grands artistes de son époque. Sa compagnie a révolutionné l’art du ballet en initiant la collaboration entre peintres, musiciens et chorégraphes d’avant-garde, de 1909 jusqu’à sa mort en 1929.

Quelles sont les oeuvres emblématiques des Ballets Russes ?

Les oeuvres emblématiques des Ballets Russes incluent Le Spectre de la rose (Fokine/Weber, 1911), L’Après-midi d’un faune (Nijinski/Debussy, 1912), Petrouchka (Fokine/Stravinsky, 1911), Le Sacre du printemps (Nijinski/Stravinsky, 1913) et Le Tricorne (Massine/Falla, 1919). Ces ballets ont marqué l’histoire de la danse par leur audace artistique et leur approche interdisciplinaire.

Qui étaient les artistes des Ballets Russes ?

Les Ballets Russes ont réuni des artistes de génie dans toutes les disciplines : les chorégraphes Nijinski, Fokine, Massine et Balanchine, les compositeurs Stravinsky, Debussy, Prokofiev et Falla, et les peintres Picasso, Bakst, Matisse et de Chirico. Cette collaboration sans précédent a défini l’esthétique de la modernité au début du XXe siècle.

Où voir des Ballets Russes aujourd’hui ?

L’Opéra de Paris, notamment au Palais Garnier, programme régulièrement les oeuvres des Ballets Russes dans leur chorégraphie d’origine. D’autres grandes compagnies internationales comme le Royal Ballet de Londres, le Bolchoï de Moscou et le Mariinsky de Saint-Pétersbourg maintiennent également ce répertoire vivant. En France, le ballet russe est célébré dans de nombreux festivals et scènes nationales.