Synopsis : un conte ferique et politique
Des petits cochons, leur gentil gardien, une clairiere, une princesse enthousiaste, ses dames de cour, tout commence dans une douce ambiance bucolique et poetique… Vous imaginez la suite… et vous la connaissez puisque Schwartz emprunte a un conte d’Andersen l’argument de sa piece. Le recours au fabuleux lui permet de contourner la censure : l’écrivain sovietique vise ici rien moins que Staline…
Des petits cochons, leur gentil gardien, une clairiere, une princesse enthousiaste, jeune et belle, ses dames de cour, tout commence dans une douce ambiance bucolique et poetique… La princesse tombe amoureuse du charmant porcher, mais le roi, son pere, souhaite evidemment pour elle une union digne de son rang. Il l’enferme donc, la fait surveiller, et l’envoie se marier avec le roi du pays voisin, un homme fort laid, imbecile, fier de sa personne, qui tyrannise lamentablement son peuple. Heureusement, le jeune porcher, avec l’aide de son meilleur ami, invente mille stratagemes pour faire echouer ce mariage et triompher l’amour.
Le Roi nu est une oeuvre jubilatoire, insolente, drole, un eclat de rire du debut a la fin. Cette piece pour adultes (et pour enfants) s’inspiré de trois contes d’Andersen : La Princesse et le porcher, La Princesse sur un pois et Les Habits neufs de l’empereur.
Critique du regime totalitaire hitlerien ou sovietique, du pouvoir en general et du culte de la personnalité, eloge de la liberté et de la perseverance ? Chacun, petit ou grand, comprendra ce qu’il doit comprendre dans cette piece a tiroirs de Schwartz magnifiquement interprétée par la troupe de Laurent Pelly.
Duree : 2h (sans entracte)
Contexte historique : la censure sovietique par le conte
Dans l’Union sovietique des annees 1930, la liberté d’expression etait severement reprimee par la censure d’État. Les artistes et écrivains qui osaient critiquer le regime de Staline s’exposaient a la persecution, a la deportation au Goulag, voire a l’execution. Face a cette terreur, certains auteurs ont developpe des strategies de contournement, utilisant l’allegorie, la fable et le conte pour dissimuler leur message subversif sous des apparences innocentes.
Evgueni Schwartz est l’un des maitres de cette technique. En s’appropriant les contes de Hans Christian Andersen, il creait un ecran de protection : comment accuser un auteur de subversion quand il ne fait que reprendre un conte danois pour enfants ? Pourtant, les censeurs sovietiques n’etaient pas dupes. Le roi nu, ce monarque vaniteux et tyrannique qui parade sans vetements tandis que ses courtisans feignent l’admiration, etait un portrait a peine deguise de Joseph Staline lui-même.
Ce procede de la satire deguisee en conte avait des precedents dans la litterature russe. Gogol, avec Le Reviseur, avait déjà utilise la comedie pour denoncer la corruption bureaucratique. Ostrovski avait critique la société marchande. Mais Schwartz alla plus loin en inventant un genre entierement nouveau dans la culture slave : la fable fantastique politique.
Un spectacle enchanteur pour toute la famille
Laurent Pelly, qui dirige le centre dramatique des Alpes, nous transporte dans la feerie feroce d’un royaume tyrannique, ou une jeune princesse doit epouser un vieux barbon couronne, cruel et coquet. Heureusement, le porcher Henri et son compere Christian se deguisent en tisserands pour proposer au roi une etoffe merveilleuse, invisible aux yeux des imbeciles et des traitres. Aussitot, celui-ci leur commande un vetement pour sa noce.
Vous imaginez la suite… et vous la connaissez puisque Schwartz emprunte a un conte d’Andersen l’argument de sa piece. Le recours au fabuleux lui permet de contourner la censure - l’écrivain sovietique vise ici rien moins que Staline, dont il eut a subir la dictature - et lui autorise toutes les libertés de ton, d’invention, de provocation…
Ne manquez pas ce spectacle populaire et salutaire !
L’auteur Evgueni Schwartz (1896-1958)
Ne en 1896 dans une famille d’intellectuels juifs a Kazan, Evgueni Schwartz passe son enfance dans le nord du Caucase a Maikop. Il ne connut la celebrite en Union Sovietique que deux ans avant sa mort en 1958.
Schwartz constitue dans l’histoire litteraire russe et sovietique un phenomene a part. Il est l’introducteur d’un genre qui n’avait pas de racines profondes dans le monde slave : la fable fantastique. Ennemi du conformisme qui s’infiltrait partout dans la société sovietique au tournant des annees 30 et dont le corollaire allait etre bientot la terreur policiere stalinienne, Evgueni Schwartz crut pouvoir se debarrasser de la censure en creant dans un monde imaginaire des personnages fantastiques dont le langage et les preoccupations, bien loin d’endormir la vigilance des censeurs, allaient au contraire la porter a son paroxysme.
Avec Le Roi nu, Evgueni Schwartz s’attire en effet les foudres de la censure. C’est un inconscient, un insolent qui ne voit pas, ou feint de ne pas voir, que sous les traits du roi nu pourraient apparaitre ceux de Joseph Staline. Le Roi nu ne sera crée que vingt-trois ans après avoir ete écrit. Cette piece qui etait une charge vengeresse contre l’hitlerisme restera près d’un quart de siècle aux enfers.
Les grandes oeuvres de Schwartz
Outre Le Roi nu, Schwartz a écrit d’autres pieces majeures qui utilisent le même procede de la fable politique : L’Ombre (1940), inspiree d’Andersen, et Le Dragon (1944), une allegorie anti-totalitaire qui fut elle aussi interdite après seulement une representation. Ces oeuvres forment un triptyque remarquable de la resistance intellectuelle sovietique face a la dictature.
La satire politique a travers la fable fantastique
Le Roi nu restera ainsi en Enfer (interdit) près d’un quart de siècle avant de pouvoir etre joue. Cette interdiction illustre parfaitement le mecanisme de la censure sovietique : même deguise en conte pour enfants, le message politique etait trop evident pour les autorites.
Un anticonformiste qui refusait la terreur des polices staliniennes contre lesquelles le genre fantastique le premunissait. Mais bien loin d’endormir la vigilance des censeurs, l’oeuvre de cet auteur epris de liberté allait au contraire porter tous les soupcons sur sa personne : le roi nu, n’est-ce pas Josef Staline lui-même ?…
Le théâtre russe a une longue tradition de satire politique deguisee. De Gogol a Tchekhov, en passant par Gorki, les dramaturges russes ont souvent utilise la scene comme tribune pour denoncer les travers de la société. Schwartz s’inscrit dans cette lignee tout en innovant par son recours systématique au merveilleux et a l’univers du conte.
La mise en scene de Laurent Pelly
Ne en 1962, Laurent Pelly fait ses debuts a 18 ans en fondant la Compagnie Theatrale du Pelican qu’il codirige avec Agathe Melinand a partir de 1982. Ils y creent de nombreux spectacles. Depuis 1994, il est associe a la direction du Centre Dramatique National des Alpes - Grenoble qu’il dirige depuis 1997.
Au cours de ces vingt dernières annees, il a mis en scene plus de cinquante productions theatrales, et a evolue en elargissant ses horizons a la mise en scene d’opéra. Ainsi, entre 1998 et 2004, il met en scene notamment, sous la direction musicale de Marc Minkowski, La Belle Helene, Les Contes d’Hoffmann, La Grande Duchesse de Gerolstein d’Offenbach et Platee de Rameau, a l’opéra Bastille.
Il met aussi en scene au Palais Garnier Ariane a Naxos de Strauss, Gianni Schicchi de Puccini et L’Heure espagnole de Ravel (direction musicale : Seiji Ozawa), tout en continuant les mises en scenes de théâtre. En janvier 2005, Laurent Pelly crée Foi, amour, esperance d’Odon von Horvath au CDNA/MC2 Grenoble, puis Le Roi malgre lui d’Emmanuel Chabrier a l’opéra de Lyon et L’Amour des trois oranges de Prokofiev a l’opéra d’Amsterdam.
Distribution et informations pratiques
Distribution
Texte d’Evgueni Schwartz
Mise en scene de Laurent Pelly
Avec Emmanuel Daumas, Gregory Faive, Audrey Fleurot, Remi Gibier, Gaetan Lejeune, Eddy Letexier, Karim Qayouh, Jerome Ragon, Patrick Zimmermann
Lieu : Athenee théâtre Louis-Jouvet
Direction Patrice Martinet
Sq. de l’opéra Louis-Jouvet
7 rue Boudreau 75009 Paris
Location : 01 53 05 19 19
Tarifs : de 6 a 28 euros
Acces
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Metro : opéra, Chaussee d’Antin, Havre-Caumartin, Madeleine
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Bus : 20-21-22-24-26-27-29-32-42-43-52-53-66-68-74-81-84-94-95
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RER A : Auber, sortie rue Auber
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RER E : Haussmann - Saint Lazare
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SNCF : gare Saint-Lazare
Parkings a proximité
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7 rue de Caumartin, face au 15 rue Edouard VII
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16 rue des Mathurins
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3 rue de la Chaussee-d’Antin
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98 rue de la Providence
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Angle rue Mogador / bd Haussmann
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Place Vendome
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Questions frequentes sur Le Roi nu
Qui est Evgueni Schwartz, l’auteur du Roi nu ?
Evgueni Schwartz (1896-1958) est un dramaturge et écrivain sovietique ne a Kazan dans une famille d’intellectuels juifs. Il est considere comme l’introducteur de la fable fantastique dans la litterature russe. Il utilisa le genre fantastique pour contourner la censure stalinienne et critiquer le regime totalitaire a travers des contes detournes.
Pourquoi Le Roi nu est-il une satire de Staline ?
Le Roi nu reprend le conte d’Andersen Les Habits neufs de l’empereur pour depeindre un roi vaniteux, cruel et tyrannique qui rappelle directement Joseph Staline. La piece denonce le culte de la personnalité, la soumission des courtisans et l’aveuglement volontaire du peuple face au pouvoir. Les censeurs sovietiques ne s’y sont pas trompes et ont interdit la piece pendant près de 25 ans.
Combien de temps Le Roi nu a-t-il ete interdit en URSS ?
Le Roi nu a ete interdit pendant près d’un quart de siècle (environ 23 ans) après avoir ete écrit. La piece, consideree comme une charge trop evidente contre le pouvoir stalinien, ne fut creee sur scene que bien après la mort de Staline, illustrant la severite de la censure culturelle en Union sovietique.
De quels contes d’Andersen s’inspiré Le Roi nu ?
Le Roi nu de Schwartz s’inspiré de trois contes de Hans Christian Andersen : La Princesse et le porcher, La Princesse sur un pois et Les Habits neufs de l’empereur. Schwartz fusionne ces trois récits pour creer une piece originale qui melange romantisme et satire politique dans un cadre ferique.
Qu’est-ce que la fable fantastique dans le théâtre russe ?
La fable fantastique est un genre litteraire introduit dans la culture russe par Evgueni Schwartz. Il consiste a utiliser des personnages et des mondes imaginaires pour porter une critique sociale et politique. Ce procede permettait aux auteurs sovietiques de contourner la censure en deguisant leurs messages subversifs sous des apparences de contes pour enfants.