Léon V, le dernier roi d’Arménie
La basilique-cathédrale de Saint-Denis rend hommage à Léon V de Lusignan, dernier roi d’Arménie, qui régna de 1374 à 1375 et dont la sculpture funéraire se trouve dans la nécropole royale de la basilique. C’est le seul monarque étranger à avoir reçu cet honneur extraordinaire : reposer parmi les rois de France.
Né à Chypre vers 1342, Léon V (parfois désigné comme Léon VI dans certaines chronologies) appartenait à la maison de Lusignan, une famille d’origine poitevine qui avait régné sur le royaume de Chypre et le royaume arménien de Cilicie. Son histoire est intimement liée aux croisades, aux alliances franco-arméniennes et aux bouleversements politiques du Proche-Orient médiéval.
La Basilique-cathédrale de Saint-Denis, nécropole des rois de France. Wikimedia Commons.
Le royaume arménien de Cilicie (1198-1375)
Pour comprendre l’histoire de Léon V, il faut remonter au royaume arménien de Cilicie, un État fondé en 1198 dans le sud de l’actuelle Turquie par des réfugiés arméniens fuyant les invasions seldjoukides. Ce royaume, aussi appelé « Petite Arménie », devint un allié précieux des Croisés européens.
Les liens entre la Cilicie arménienne et la France furent particulièrement étroits :
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Des alliances matrimoniales lient les Lusignan (rois de Chypre et de Jérusalem) aux dynasties arméniennes
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Les Chevaliers de l’Ordre du Temple et les Hospitaliers y entretiennent des forteresses
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Le français est l’une des langues de la cour de Cilicie
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Le commerce entre les ports ciliciens et les cités marchandes européennes prospère
Mais au XIVe siècle, le royaume s’affaiblit sous la pression des Mamelouks d’Égypte et des Turcomans. En 1375, les Mamelouks s’emparent de la capitale Sis (actuelle Kozan), mettant fin au dernier État arménien indépendant — qui ne renaîtra qu’avec la République d’Arménie au XXe siècle.
Le royaume arménien de Cilicie, allié des Croisés — Domaine public, Wikimedia Commons.
Captivité au Caire et libération
Léon V régna moins d’un an. Lors de la chute de la Cilicie en 1375, il fut capturé par les Mamelouks et emmené captif au Caire. Pendant sept longues années, il demeura prisonnier du sultan.
C’est au Caire qu’il se lia d’amitié avec un pèlerin français qui réussit à convaincre le roi de Castille Jean Ier de payer la rançon fixée par le sultan. Léon V put ainsi embarquer en 1382 pour l’Europe, un homme libre mais sans royaume.
Léon V comprit que, tant que durait la guerre de Cent Ans entre la France et l’Angleterre, il n’avait aucune chance d’obtenir une aide européenne pour récupérer son trône arménien.
L’exil en France et la mort à Paris
Peut-être attiré par ses racines poitevines (les Lusignan étant originaires du Poitou), Léon V se rendit en France. Le roi Charles VI l’accueillit avec honneur et lui accorda une pension. Installé à Paris, Léon V tenta en vain de jouer les médiateurs entre la France et l’Angleterre, espérant qu’une paix en Europe permettrait une croisade pour libérer son royaume.
Ce rôle diplomatique échoua, et Léon V mourut à Paris le 29 novembre 1393, sans jamais avoir revu l’Arménie. Il fut enterré au couvent des Célestins (aujourd’hui disparu), dans le 4e arrondissement de Paris.
Le tombeau à la Basilique de Saint-Denis
Lors de la Révolution française, le couvent des Célestins fut saccagé et les ossements furent dispersés. Cependant, quelqu’un réussit à sauver la pierre tombale de Léon V. À la Restauration, il fut décidé de consacrer au dernier roi d’Arménie un mausol\u00e9e au milieu des rois de France, dans la Basilique de Saint-Denis.
Aujourd’hui, on peut voir son gisant original du XIVe siècle dans la basilique. Le tombeau de Léon V y côtoie ceux de Clovis, Saint Louis, François Ier et Henri IV — un honneur unique pour un roi étranger, témoignage de l’amitié séculaire entre la France et l’Arménie.
Gisant de Léon V de Lusignan dans la Basilique de Saint-Denis. Wikimedia Commons.
L’héritage culturel arménien en France
L’histoire de Léon V illustre les liens profonds et anciens entre la France et l’Arménie. En 2026, cet héritage reste vivant à travers de nombreuses manifestations culturelles :
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Art arménien en France — De nombreux artistes d’origine arménienne ont marqué la scène artistique française. Découvrez l’art arménien sur notre site.
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Sarkis — Artiste contemporain d’origine arménienne, dont les expositions au Louvre ont marqué l’année de l’Arménie en France.
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Toros Rast-Klan — Sculpteur d’origine arménienne dont les oeuvres allient tradition et modernité.
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Goudji — Le « magicien d’or » d’origine géorgienne, dont l’art sacré évoque les traditions caucasiennes.
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Les chemins de l’Arménie — L’exposition de la collection du Musée arménien de France.
La communauté arménienne de France, forte de plus de 600 000 personnes, perpétue cette tradition culturelle millénaire. L’alliance culturelle franco-orientale continue de tisser des liens entre les civilisations européennes et les cultures du Caucase.
Pour ceux qui souhaitent découvrir d’autres trésors de la sculpture et de l’art des peuples d’Europe de l’Est, notre site propose de nombreux articles sur les sculpteurs et peintres d’origine slave et caucasienne, comme Ossip Zadkine, sculpteur russe d’origine juive dont le musée parisien vaut le détour.
Questions fréquemment posées
Qui était le dernier roi d’Arménie ?
Le dernier roi d’Arménie était Léon V de Lusignan (vers 1342-1393), aussi connu sous le nom de Léon VI. Il régna brièvement de 1374 à 1375 sur le royaume arménien de Cilicie, situé dans le sud de l’actuelle Turquie. Né à Chypre dans la famille franco-arménienne des Lusignan, il fut le dernier monarque de cette dynastie. Capturé par les Mamelouks lors de la chute du royaume, il finit sa vie en exil en France et mourut à Paris en 1393.
Où se trouve le tombeau de Léon V d’Arménie ?
Le tombeau et le gisant original du XIVe siècle de Léon V de Lusignan se trouvent à la Basilique-cathédrale de Saint-Denis, dans la nécropole royale, au nord de Paris. C’est le seul roi étranger enterré parmi les rois de France. La basilique est ouverte au public et le tombeau est visible lors de la visite de la nécropole.
Pourquoi un roi d’Arménie est-il enterré à Saint-Denis ?
Léon V de Lusignan était de lointaine ascendance française — la famille de Lusignan étant originaire du Poitou. Après sa libération de captivité au Caire en 1382, il se rendit en France où le roi Charles VI l’accueillit avec honneur et lui accorda une pension. Il mourut à Paris en 1393 et fut enterré au couvent des Célestins. Après la Révolution, son gisant fut sauvé et transféré à la Basilique de Saint-Denis sous la Restauration, parmi les tombeaux des rois de France.
Qu’est-ce que le royaume arménien de Cilicie ?
Le royaume arménien de Cilicie (1198-1375), aussi appelé « Petite Arménie », était un État arménien fondé dans le sud de l’actuelle Turquie par des réfugiés arméniens. Allié des Croisés européens, il entretint des liens étroits avec les royaumes français, chypriote et croisés. Il tomba en 1375 face aux Mamelouks d’Égypte, faisant de Léon V le dernier roi de cette lignée. Le royaume arménien de Cilicie ne doit pas être confondu avec le grand royaume d’Arménie historique, plus à l’est.
Comment visiter le tombeau de Léon V à Saint-Denis ?
La Basilique-cathédrale de Saint-Denis est accessible en métro (ligne 13, station Basilique de Saint-Denis). La visite de la nécropole royale est payante (tarif plein 9,50 euros, gratuit pour les moins de 26 ans ressortissants de l’UE). Le tombeau de Léon V se trouve dans la partie nord de la basilique. La visite permet de découvrir plus de 70 gisants et tombeaux des rois et reines de France, de Dagobert à Louis XVIII, ainsi que celui du dernier roi d’Arménie.
La mémoire arménienne en France aujourd’hui
La France abrite la plus importante communauté arménienne d’Europe occidentale, estimée à plus de 600 000 personnes. Cette diaspora, dont les racines remontent au génocide arménien de 1915, a profondément enrichi la vie culturelle, artistique et intellectuelle française.
À Paris, la présence arménienne se manifeste dans de nombreux lieux emblématiques. La cathédrale arménienne Saint-Jean-Baptiste, rue Jean-Goujon dans le 8e arrondissement, accueille les fidèles depuis 1904. Le Mémorial du génocide arménien, inauguré en 2003 dans le jardin d’Erevan à Paris, rappelle la tragédie de 1915. Le Musée arménien de France, à Issy-les-Moulineaux, conserve une collection exceptionnelle d’art et d’artisanat arméniens.
Dans le domaine artistique, les créateurs d’origine arménienne ont laissé une empreinte durable. Charles Aznavour, né Shahnour Varinag Aznavourian, reste l’un des artistes français les plus universellement reconnus. En peinture, Jean Carzou et Jansem ont marqué la scène artistique du XXe siècle. Au cinéma, Henri Verneuil (Achod Malakian) et Robert Guédiguian ont porté haut les couleurs du cinéma français.
L’histoire de Léon V de Lusignan, roi sans royaume accueilli par la France, préfigure cette relation séculaire entre les deux peuples. Son tombeau à Saint-Denis symbolise l’hospitalité française et les liens indéfectibles qui unissent la France et l’Arménie depuis le Moyen Âge.
Conclusion
Le destin de Léon V de Lusignan, dernier roi d’Arménie enterré parmi les rois de France, est l’une des histoires les plus émouvantes de l’histoire médiévale. Sa présence à Saint-Denis n’est pas un hasard : elle témoigne d’une amitié franco-arménienne millénaire qui perdure encore en 2026. Pour les visiteurs de la basilique, son gisant est un rappel poignant que l’histoire de France s’est toujours écrite en dialogue avec les cultures d’Orient et du Caucase.